Le petit bar
Le bar faisait le coin de deux rues, dont l’une longeait une petite place
L’entrée du bar donnait sur cette place ; du dehors les deux hautes vitrines qui encadraient la double porte vitrée ne permettaient pas de distinguer l’intérieur.
J’ai découvert plus tard sur l’autre rue la petite porte qui menait d’un coté au bar et, au fond d’un couloir, à un escalier qui montait aux toilettes.
Pourquoi y suis-je entré un soir ?
J’étais arrivé peu de temps avant dans cette petite ville qui, dès vingt heures, s’endormait.
J’avais diné dans un restaurant, - j’en changeais au hasard chaque soir- repas rapide, on attendait que je parte pour fermer.
Les rues me soufflaient à voix basse « Rentrez chez vous, tout s’endort ».
Au travers des vitres la lumière était jaune, l’endroit calme.
La porte franchie, à peine quelques têtes se sont levées, une table de joueurs de cartes.
Le comptoir était au fond, en bois, encadré de cartes postales et de billets de banque du monde entier, ais-je vu plus tard.
Devant, de chaque côté, de longues tables de part et d’autre de l’allée centrale, carrelée de décors anciens.
Je me suis assis à une table, à droite en entrant, proche du comptoir, face à l’entrée.
Des livres et revues étaient rangés sur l’appui de fenêtre et débordaient sur la table, sans doute ce qui m’avait attiré.
Ce sera « ma » table par la suite.
Après un moment, une femme s’est levée d’une table à ma droite, s’est approchée et m’a demandé que me servir.
« -Une bière pression »
L’endroit était paisible, il y faisait bon être.
J’y suis revenu, pas chaque soir, mais régulièrement. C’était un refuge, contre ma solitude.
Certains soirs venaient y jouer quelques musiciens, trois ou quatre je crois ; j’en ai un souvenir très doux, une caresse qui animait sans s’imposer.
Parfois, la patronne s’asseyait à ma table et nous parlions un peu, à phrases posées, sans hâte.
Et puis un soir, elle n’était plus là : un accident, renversée par une voiture, hospitalisée avec de multiples fractures.
Elle m’avait demandé un service, que je n’ai pu lui rendre.
Je ne suis plus retourné au bar
Le bar a fermé.
Comment s’appelait-il déjà ?